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  • Red Tory

    "Red Tory" est un livre paru il y a quelques mois et écrit par Phillip Blond, philosophe et théologien anglican, né en 1966 à Liverpool. Phillip Blond entend déconstruire la crise morale, sociale et financière dans laquelle est plongée la Grande-Bretagne. Pour la première fois depuis longtemps, on ne se contente plus de relever les symptômes du mal un par un, chacun selon sa spécialité, proposant des remèdes contradictoires en se gardant de considérer ce qui les lie entre eux, mais on a la  volonté de traquer et d'extirper le mélanome dans sa totalité. Les solutions proposées par Phillip Blond se retrouvent en grande partie dans le programme conservateur anglais de "Big Society" : il y est proposé un véritable projet de société global, avec une cohérence entre les symptômes, le diagnostique et les remèdes ; et ces remèdes ne sont pas économiques, ils sont d'abord sociaux - ou sociétaux - et moraux : ils passent notamment par une restauration de l'ethos et de l'idée de bien commun (ces notions seront familières à ceux qui fréquentent la doctrine sociale de l'Eglise). Il s'agit donc de mettre en place une révolution culturelle et sociale. Cette bonne volonté politique suffira-t-elle ? Ce n'est sans doute pas la question immédiate ; ce qu'il faut relever dès maintenant, c'est la dimension positive de la démarche engagée.

    Lire Red Tory n'est pas sans difficultés, tant le livre abonde de termes "civilisationnels" propres à la culture et aux traditions anglaises, tant aussi Phillip Blond se garde de les définir, comme s'ils étaient entendus. Les mots rendus en français risquent donc d'être insuffisants, imprécis, ou encore faire contre-sens. Tant pis.

    La première partie s'intitule "Le bazar dans lequel nous sommes, et comment on en est arrivé là". Analysant la triple crise économique, démocratique et sociale, Phillip Blonde recense les erreurs à la fois de la droite et de la gauche, qui conduisirent in fine  l'Etat et un marché confisqué par des happy-few à se soutenir mutuellement dans une sorte de complicité incestueuse. Concluant sur l'héritage très peu libéral du libéralisme - la déliquescence de la société par un individualisme furieux entrainant un contrôle toujours plus élevé de l'Etat, afin de maintenir une paix sociale à minima - Phillip Blond propose de casser cette logique dans la seconde partie du livre, en recréant un ordre "conservateur" se définissant comme :

    - Une restauration de l'ethos,
    - Une moralisation du marché soumis au bien commun,
    - L'instauration d'une prospérité populaire,
    - Une restauration des liens sociaux en rendant le pouvoir à la société civile (ce qu'il appelle "society").

    Phillip Blond montre comment l'idéologie portée par le Labour et les Tories, par le rejet des coutumes, des traditions, des communautés et de la famille (insupportables obstacles à la liberté de l'individu et au marché) a en réalité :
    1) favorisé la dictature du marché en formant une masse de consommateurs captifs et en brouillant la notion de bien commun.
    2) atomisé la société par l'affaiblissement puis la destruction des liens sociaux (ce qu'il appelle la liquéfaction de la société).
    Ainsi la gauche a-t-elle dépouillé le peuple anglais de sa culture, tandis que la droite l'a dépouillé de ses capitaux et avoirs (asset), l'une préparant la voie de l'autre, et la validant par la suite (cf programme du New Labour).

    L'après guerre a vu l'Etat anglais nationaliser une société qui était essentiellement mutualiste, favorisant une sorte de culture de l'assistanat (entitlement). Ce social-libéralisme conduit la société à s'atomiser et se liquéfier sous les coups d'une idéologie individualiste fondamentaliste, avec pour résultat les familles décomposées, l'inculture, une hausse de la violence et de la pauvreté.
    Paradoxalement, cet individualisme d'inspiration libérale (que Phillip Blond trace jusqu'à Rousseau)  a pour conséquence un renforcement de l'intervention de l'Etat : pour contrôler une société individualisée à l'extrême et l'empêcher d'imploser, il faut un traitement social et sécuritaire de plus en plus lourd ; et, pour empêcher les dépenses publiques qui en résultent de devenir insupportables, il faut que les services publiques se soumettent au dictat des contrôleurs de gestion, des audits, et des objectifs de productivités. Cette vision exclusivement comptable entraîne une perte de l'ethos et du professionalisme, nuisant en définitive à l'efficacité de ces services et augmentant d'autant ses coûts de fonctionnement.

    On réalise donc comment deux entités, l'Etat et le marché, se soutiennent l'un et l'autre au détriment de la société civile : le marché a besoin de cet individualisme qui laisse de côté le bien public, créé des consommateurs et laisse le champ libre à la cupidité. Mais les marchés ont aussi besoin de paix social, fragilisée par leur propre logique de comportement. Le coup social est assumé par l'Etat qui trouve ses financements sur les marchés.

    La victime principale de cette machination involontaire (aboutissant donc au "servile state", un état de servage) est la classe populaire : dépossédée de sa culture (par la gauche) et de ses avoirs (par le marché aidé de la droite), atomisée par l'idéologie l'individualiste, elle devenue addictive aux prestations de toutes sortes. Cette sous-classe est elle-même devenue un produit pour une classe de fonctionnaires-managers, dont les intérêts sont étroitement liés à la perpétuation des problèmes qu'ils sont censés adresser.

    La solution passe d'abord par une restauration conservatrice de l'ethos et de la culture britannique des traditions et des coutumes, puis par une restauration des liens sociaux par la société civile et les groupes communautaires : l'Etat et le marché doivent servir la société, non la mettre à sa disposition. Le pouvoir détenu par l'Etat-leviathan doit en conséquence se diffuser aux échelons locaux, où les utilisateurs de services doivent être aussi ceux qui les contrôlent. Ainsi aux mains d'associations civiles, le besoin de régulations au final toujours coûteux se ferait moins sentir, créant une économie plus résiliente et viable sur la durée. Par le refus de se laisser imposer des normes sociales et morales, conçues de façon centralisée et homogène au nom du culte et de la déification des désirs individuels, la population se réapproprie en outre la notion de bien commun, dont la défintion devient l' objet du débat public permanent.

    Ainsi la gauche doit-elle admettre la nécessité d'une vision conservative de la société : ses traditions, ses coutumes, sa culture et son mutualisme. La droite quant à elle doit combattre les inégalités économiques et les effets néfastes que celles-ci entraînent sur les institutions auxquelles elle tient.
    Ceci s'obtient par l'équité, la juste distribution des richesses, la possession de biens autant que par la redécouverte de la culture et de l'ethos.
    "Red, because it caters to the needs of the disavantaged and believes in economic justice ; Tory, because it believes in virtue, tradition, and the priority of the good." (P35)

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    Phillip Blond condamne dans ce livre l'individualisme porté autant par la gauche culturellement libérale que par la droite économiquement libérale. Cet individualisme et la dérégulation outrancière du marché constituèrent le cocktail funeste que la société anglaise continue de boire jusqu'à plus soif.
    Il est bien démontré ici où se trouve le péché originel du libéralisme, autant dans sa version sociale qu'économique : celui-ci prend une partie anthropologique pour son tout. Certes l'instinct de conservation de l'individu est un droit naturel ; mais il est impossible de nier la dimension sociale de l'homme -  il s'agit d'un droit naturel d'importance exactement équivalente. En niant ce droit à la dimension sociale, le libéralisme a en fait favorisé l'interventionisme de l'Etat qu'il exècre publiquement. Il en résulte une double plaie et une double dictature : celle du marché et de l'Etat - où l'homme n'est plus servi mais se trouve par une suprême perversion asservi à ces deux tyrans.

    C'est ainsi que la fameuse main invisible du marché, chère à l'idéologie libérale, s'est traduite réellement dans le fiasco financier de 2008 par une main très visible de l'Etat - mise à la poche. Certains libéraux n'ont pourtant ni peur ni l'impudence d'en redemander. Le fléau ! Mieux vaudrait une invasion de crickets.

  • Poussons pas

    Sur le site fautpaspousser.com, trois synthèses-bilans sur la dépénalisation ou légalisation de l'euthanasie :

    - En Belgique
    - Aux Pays-Bas
    - En Suisse

    Si on ne peut pas tuer la maladie, tuons donc le malade.

  • Les neo-diafoirus

    diafoirus.jpg Le syndrome Diafoirus sévit de préférence chez les idéologues. Le péché originel d'une idéologie est qu'elle prend la partie pour le tout, quel que soit son champs d'action. Donc, à mesure que l'idéologie entre dans son application concrète, une tension se créé entre le réel d'une part, et la représentation que se fait l'idéologie de ce réel de l'autre. Au bout du compte, la tension est trop forte et l'idéologie vole en éclat, car elle ne dispose plus de suffisamment d'énergie pour se maintenir dans son irréalité. La vérité se suffit à elle-même et subsiste sans dépense d'énergie ; le mensonge demande toujours plus de dépense d'énergie pour compenser une entropie toujours plus élevée. Ce principe thermo-dynamique du mensonge (contre-façon du réel) est bien connu, nous ne nous y attarderons pas.

    L'idéologie conduit donc inévitablement à une catastrophe, d'autant plus rapidement et intensément qu'elle s'écarte de la juste anthropologie. Cette catastrophe est d'autre part accélérée par la grâce du psychisme humain, ce qu'on appelle le syndrome Diafoirus : lorsque l'idéologue prend conscience que sa construction disfonctionne et que le patient, à force de ses purges, se précipite de toute évidence vers un destin funeste, celui-ci ne saura prescrire qu'une dose toujours élevée de ses purges idéologiques, accélérant ainsi le processus de décomposition. Il renoue avec cette grande époque de la médecine plus dangereuse, fatale et finalement complice que la maladie elle-même. Le syndrome Diafoirus se définit donc comme la prescription obstinée et exponentielle d'un funeste remède, par la croyance que le mal vient d'une insuffisance de ce remède.

    L'on voit déjà, la débâcle de la crise des subprimes à peine passée, les Diafoirus d'un certain libéralisme poser leur remède : le mal étant la régulation, il faut déréguler ; et puisque les marchés sont déjà largement purgés dérégulés, le mal ne peut venir que du reliquat de régulation. Purgeons, purgeons, le risque est trop grand que le patient ne guérisse un jour.

    Moralité : vous avez aimé la crise des subprimes, vous aimerez celle du trading algorithmique.

  • La bâtarde de Trente

    greuze-ecolier.jpg Peut-on dire que les Lumières, au moins en pays majoritairement catholiques, sont les filles naturelles, c'est-à-dire nécessaires (au sens des causes secondes) mais point du tout programmées du concile de Trente ? Quelques exemples très édifiants  (liste ouverte) :
    - Descartes : entre à onze ans au collège jésuite de la Flèche.
    - Montesqieu : entre à onze ans chez les oratoriens de Juilly.
    - Camille Desmoulins entre comme boursier au lycée Louis-le-Grand, tenu par les Jésuites.
    - Jean-Étienne-Marie Portalis (l'un des rédacteurs du Code civil), étudia chez les oratoriens de Toulon puis de Marseille.
    - Pierre Bayle : A vingt-deux ans, entre à l’université des jésuites de Toulouse.
    - Voltaire : entre à dix ans au collège Louis-le-Grand.
    - Robespierre, Fouché, Daunou, Massillon, Malebranche : élèves des oratoriens.
    - Diderot : élève au collège Jésuite de Langres.
    - Cesare Beccaria : entre à neuf ans au collège Jésuite de Parme (très mauvais souvenir selon ses dires ; son camarade et ami Pietro Verri n'en disant que du bien...)

    Voici ce qu'écrivit Voltaire, dans un répit de bonne foi :

    « J'ai été élevé pendant sept ans chez des hommes qui se donnent des peines gratuites et infatigables à former l'esprit et les mœurs de la jeunesse. Depuis quand veut-on que l'on soit sans reconnaissance pour ses maîtres ? Quoi! il sera dans la nature de l'homme de revoir avec plaisir une maison où l'on est né, le village où l'on a été nourri par une femme mercenaire, et il ne serait pas dans notre cœur d'aimer ceux qui ont pris un soin généreux de nos premières années ? Si des Jésuites ont un procès au Malabar avec un capucin, pour des choses dont je n'ai point connaissance, que m'importe ? Est-ce une raison pour moi d'être ingrat envers ceux qui m'ont inspiré le goût des belles-lettres, et des sentiments qui feront jusqu'au tombeau la consolation de ma vie ? Rien n'effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est également cher à tous ceux qui ont étudié sous lui. Jamais homme ne rendit l'étude et la vertu plus aimables. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures délicieuses ; et j'aurais voulu qu'il eût été établi dans Paris, comme dans Athènes, qu'on pût assister à de telles leçons; je serais revenu souvent les entendre. J'ai eu le bonheur d'être formé par plus d'un Jésuite du caractère du père Porée, et je sais qu'il a des successeurs dignes de lui. Enfin, pendant les sept années que j'ai vécu dans leur maison, qu'ai-je vu chez eux? La vie la plus laborieuse, la plus frugale, la plus réglée ; toutes leurs heures partagées entre les soins qu'ils nous donnaient et les exercices de leur profession austère. J'en atteste des milliers d'hommes élevés par eux comme moi; il n'y en aura pas un seul qui puisse me démentir... » Lettre au père de Latour; à Paris, le 7 février 1746.

    L'un des objectifs du concile de Trente fut de combattre l'ignorance à la fois du clergé et des fidèles (la religion chrétienne est une religion savante, on n'insistera jamais assez sur ce point : l'ignorance conduit directement à sa déliquescence). Dans cet "écosystème tridentin" se sont développées des congrégations commes la Compagnie de Jésus, fondé par Ignace de Loyola et approuvé en 1540, la Congrégation de l'Oratoire, fondé par Philippe Neri et approuvé en 1575, ou encore les Frères des Ecoles chrétiennes, fondé par Jean-Baptiste de la Salle en 1685.
    Dans les années 1740, les Jésuites dirigent plus de 650 collèges en Europe, ont la charge de 24 universités et de plus de 200 séminaires et maisons d'étude.
    Quant aux Oratoriens, il existait en France à la veille de la Révolution 128 établissements, accueillant 35 700 élèves.

    Voilà donc un exemple de cette cruelle ironie de l'Histoire : l'Eglise instruisit ceux-là même qui l'outragèrent. Finalement bonne fille, je ne crois pas qu'elle s'en repentît un seul jour.

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  • Le fléau

     Si l'on veut être juste, il nous faut saluer l'écho rendu par la presse sur la situation souvent catastrophique des minorités chrétiennes en terre d'Islam. Editoriaux, articles, reportages, jamais il n'aura autant été question de liberté de conscience et religieuse - et l'on retrouve pour une fois l'idée qu'il existe des principes universels supérieurs aux coutumes, traditions et cultures de tel ou tel peuple. Peut-être le signe d'une prise de conscience des conséquences néfastes du relativisme.

    Ainsi ce reportage de la BBC sur la situation et la vie des Coptes. Média décidément étrange et schizophrène, capable du pire comme du meilleur.