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Histoire

  • Charivari

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    HISTOIRE
    DES CROISADES,
    Par JACQUES DE VITRY.

    LIVRE SECOND.
    De la corruption des contrées de l'Occident et des péchés des Occidentaux.

     

     

     

    CHAPITRE VI.
    De la situation de la ville de Paris.

    Presque tous les écoliers de Paris, étrangers et nationaux, ne s'occupaient absolument qu'à apprendre ou à rechercher quelque chose de nouveau. Les uns apprenaient seulement pour savoir, ce qui est curiosité, les autres pour se faire connaître, ce qui est vanité; d'autres encore, pour faire des profits, ce qui est cupidité et vice de simonie. Bien peu d'entre eux apprenaient pour être édifiés ou pour édifier. Ils se provoquaient les uns contre les autres, et se contredisaient entre eux, non seulement au sujet des diverses sectes, ou à l'occasion de quelque discussion; mais en outre la diversité des contrées excitait entre eux des dissensions, des haines et des animosités virulentes, et ils se faisaient impudemment les uns aux autres toutes sortes d'affronts et d'insultes. Ils affirmaient que les Anglais étaient buveurs et ridicules; les enfans de la France fiers, amollis, et artistement parés comme des femmes; ils disaient que les Teutons étaient brutaux et obscènes dans leurs festins; les Normands vains et glorieux; les habitans du Poitou traîtres, et toujours flatteurs de la fortune. Ceux qui étaient originaires de la Bourgogne, ils les tenaient pour grossiers et insensés. Les Bretons étaient réputés légers et mobiles, et on leur reprochait fréquemment la mort d'Arthur. Les Lombards étaient appelés avares, méchans et incapables de faire la guerre; les Romains séditieux, violens et médisans; les Siciliens tyrans et cruels; les habitans du Brabant hommes de sang, incendiaires, brigands et ravisseurs; ceux de la Flandre légers, prodigues, adonnés à la gourmandise, mous comme le beurre, et lâches. A la suite de pareilles insultes, on en venait très-souvent des paroles aux coups.


    Je ne parlerai pas de ces logiciens devant les yeux desquels voltigeaient sans cesse «les moucherons de l'Égypte,» c'est-à-dire toutes ses subtilités sophistiques, en sorte qu'on ne pouvait comprendre leurs langues éloquentes, dans lesquelles, comme dit Isaïe, il n'y a point de sagesse. Quant aux docteurs de théologie, «assis sur la chaire de Moïse,» ils étaient gonflés de science, mais leur charité n'édifiait point. Enseignant et ne pratiquant point, ils sont devenus comme «l'airain qui résonne, ou la cymbale qui retentit,» ou comme le canal construit en pierre, qui demeure toujours sec, et devrait conduire les eaux dans «le parterre des plantes aromatiques.»

     

    Or, non seulement ils se haïssaient réciproquement, mais ils attiraient à eux par leurs flatteries les écoliers des autres, recherchant leur gloire particulière, mais ne se souciant nullement du bien des âmes. Ayant entendu, les oreilles bien dressées, ces paroles de l'Apôtre: «Celui qui désire d'être évêque, désire une oeuvre excellente,» ils multipliaient les prébendes, et poursuivaient les dignités; et cependant c'était bien moins à l'œuvre qu'à la prééminence qu'ils aspiraient, et ils désiraient surtout «d'avoir les premières places dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues, et d'être salués les premiers dans les places publiques.» Tandis que l'apôtre Jacques a dit: «Nos frères,, qu'il n'y ait pas plusieurs maîtres parmi vous,» eux, au contraire, étaient tellement empressés à devenir maîtres, que la plupart d'entre eux ne pouvaient avoir d'écoliers, si ce n'est à force de prières ou de sacrifices.

     

    Or, il est plus sûr d'écouter que d'enseigner, et un humble auditeur vaut mieux qu'un docteur insuffisant et présomptueux. Enfin, le Seigneur ne s'était réservé parmi eux qu'un petit nombre d'hommes honnêtes et timorés, «qui ne se fussent point arrêtés dans la voie des pécheurs,» ni assis avec les autres sur la chaire empoisonnée.

     

    In DES MÉMOIRES RELATIFS A L'HISTOIRE DE FRANCE, DEPUIS LA FONDATION DE LA MONARCHIE FRANÇAISE  JUSQU'AU 13e SIÈCLE AVEC UNE INTRODUCTION DES SUPPLÉMENS, DES NOTICES ET DES NOTES;

    PAR M. GUIZOT,
    A PARIS,
    CHEZ J.-L.-J. BRIÈRE, LIBRAIRE,

     

     

    Illustration : Moyen-Âge tardif - 14°. Henry de Germanie donnant une conférence aux étudiants de l'Université de Boulogne ca. 1360-1390. Liber ethicorum des Henricus de Alemania by Laurentius de Voltolina.

  • Libido sciendi

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     Encore un exemple d'obscurantisme honteux dans lequel fut plongé notre occident pendant tant de siècles.

    Heureusement, les "Lumières" ont tout arrangé - la preuve en est, on ne manque jamais de nous le répéter. Ad libidinem nauseae.

     

    A lire ici.

  • Godwin +1

    holland-adolphe.jpgPlutôt comique cette Une du journal marocain  Al Watan Al Ane, édition du 29/01/2015, qui reproche apparemment à notre PR de ne pas protéger les musulmans de France (!) Quand on connait l'admiration du Führer pour cette religion de paix et de tolérance, et certains de ses aficionados de l'époque comme le grand moufti de Jérusalem Haj Mohammed Effendi Amin el-Husseini, la pantalonnade prête à sourire.

    Il est vrai que la relation de l'Islam avec l'histoire telle qu'on la conçoit comme discipline scientifique en Occident, n'a jamais été son souci numéro un ; en revanche la science de la théorie du complot atteint un niveau d'aboutissement dans cette culture rarement égalée.

    Ainsi des terroristes islamistes massacrent des anarchistes athées et des Juifs, des policiers musulmans ou autres. En bon français tel qu'on le parle dans nos bistrots, ces derniers sont les victimes, et les premiers des assassins. Erreur. Les victimes sont avant tout les musulmans ! C'est que pour tous ces pleurnichaillons, on ne peut se concevoir musulmans autrement qu'en misérable victime oppressée. La guerre c'est la paix. Et le bourreau c'est la victime.

  • Pour en finir avec le Moyen-Âge

    venus_Milo.jpg Je crois qu'il n'y a pas période de l'histoire où plus de fantasmes et de mauvaise foi s'y sont acharnés, que celle de la féodalité.

    Ainsi du fameux "droit de cuissage", qu'heureusement plus aucun manuel récent et décent ne se donne la peine de mentionner. Cette légende nous viendrait d'un obscure juriste de la renaissance, repris par les inévitables saints laïcs Voltaire et Michelet. On ne résistera pas de citer ce dernier, référence suprême du manuel scolaire :

     "Le seigneur ecclésiastique, comme le seigneur laïque, a ce droit immonde. Dans une paroisse des environs de Bourges, le Curé, étant seigneur, réclamait expressément les prémices de la mariée, mais voulait bien en pratique vendre au mari, pour argent, la virginité de sa femme » et plus loin, parlant des seigneurs : « On voit d’ici la scène honteuse. Le jeune époux amenant au château son épousée. On imagine les rires des chevaliers, des valets, les espiègleries des pages autour de ces infortunés. — « La présence de la châtelaine les retiendra ? » Point du tout. La dame que les romans veulent faire croire si délicate, mais qui commandait aux hommes dans l’absence du mari, qui jugeait, qui châtiait, qui ordonnait des supplices, qui tenait le mari même par les fiefs qu’elle apportait, cette dame n’était guère tendre, pour une serve surtout qui peut-être était jolie. Ayant fort publiquement, selon l’usage d’alors, son chevalier et son page, elle n’était pas fâchée d’autoriser ses libertés par les libertés du mari. »
    Jule Michelet, La Sorcière [archive] publiée par l'Université du Québec à Chicoutimi [archive], p. 43 et suiv.

    Si ça pleure pas à chaudes lacrimales dans les chaumières en ce début du XX°...

    Autres sornettes relevées par Jacques Heers, directeur du département d'études médiévales de Paris-Sorbonne : 
    - Le droit de ravage : "Quand un seigneur était mécontent des paysans de ses fiefs, ou même qu'il voulait se divertir d'une façon distinguée, il envoyait ses chiens et se chevaux dans le petit champ du malheureux serf... et ravageait en un instant tout l'espoir et tous les travaux d'une année."
    On notera l'extrême intelligence du dit seigneur qui se punit ici deux fois, ravageant à la fois sa propre terre, sa propre récolte, et donc sa subsistance et ses revenus. On est fruste au MA, mais faut tout de même pas déconner.
    - Le droit de prélassement : Au retour de la chasse, lors des dures soirées d'hiver, ces  Seigneurs "avaient le droit de faire éventrer deux de leurs serfs pour réchauffer leurs pieds dans leurs entrailles fumantes." (M. Clerget, curé d'Onans et député d'Amont à l'Assemblée nationale de 1789; député Lapoule lors de la séance du 4 août 1789). No comment. On notera juste que certains niaiseux s'y sont tout de même fait prendre ; plus c'est énorme...
    - Le droit de mainmorte : "à la mort d'un serf - selon un moine du XII° [qui ? où ?] - il était d'usage de couper sa main droite et de la présenter au seigneur qui pouvait alors prendre tous ses biens." (Jean-Joseph Julaud, l'Histoire de France pour les Nuls, ed 2005).
    On imagine bien les murs du donjon du tyran local tapissés de grappes de mains mortes putrescentes...

    Voici une définition certes moins romantique, mais sans doute plus précise :
    La mainmorte : Elle intervient au décès d’un serf : c’est son seigneur qui doit recueillir ses biens. On dit que le serf a la « main morte », qu’il ne peut donc transmettre ses biens, notamment par testament. À partir du 12e siècle, il y a de nombreuses atténuations au principe : la présence d’enfants légitimes écarte la mainmorte, les droits du conjoint survivant sont reconnus sur une partie des biens. Même dans le cas où elle peut être exercée, la mainmorte est limitée par les coutumes à une simple quotité de la succession : les meubles, le meilleur meuble, la plus belle tête de bétail ou meilleur catel. Peu à peu, les proches du serf décédé peuvent garder ses biens à condition de payer une redevance, sorte de taxe successorale. Pour détourner la mainmorte, les serfs utilisent le procédé de la communauté taisible : la même famille servile possède tout en commun ; lors du décès de l’un de ses membres, la part virtuelle qu’il possédait ne va pas au seigneur mais tombe dans la communauté.
    (UNIVERSITÉ JEAN MOULIN – LYON 3, Faculté de Droit, LICENCE EN DROIT, 1er SEMESTRE, INTRODUCTION HISTORIQUE AU DROIT HISTOIRE DES INSTITUTIONS ET DU DROIT FRANÇAIS de la fin de l’Antiquité à la fin de l’Ancien Régime (5e-18e siècles) Chr. LAURANSON-ROSAZ Professeur à l’Université Jean Moulin).

    Voici une étymologie, selon le Littré, de "mainmorte" : 
    Main, et mort ; appellation qui, dit Voltaire, Siècle de Louis XV, 42, " vient de ce qu'autrefois, lorsqu'un de ces serfs décédait sans laisser d'effets mobiliers que son seigneur pût s'approprier, on apportait au seigneur la main droite du mort ; digne origine de cette dénomination. " Cette étymologie, qui provient peut-être de quelque légende, est fausse. Manus a déjà en droit romain et a conservé en vieux droit français le sens de puissance, domaine. Ici main veut dire le droit de transmettre et d'aliéner : gens de mainmorte, ceux qui, soit comme serfs, soit comme appartenant à des corps et communautés, ne peuvent transmettre et aliéner ; biens de mainmorte, biens qui ne peuvent être transmis ni aliénés, soit ceux des serfs qui appartiennent au seigneur, soit ceux des corps et communautés, qui sont immobilisés et inaliénables. Quant au sens de mort en ce mot, il est le même que dans le verbe amortir, et signifie éteint, sans force.

    On voit le rôle de l'inépuisable Voltaire, jamais avare de répandre les légendes les plus farfelues. Rappelons aussi à toute fins utiles que la notion moderne de propriété ne reviendra qu'avec l'établissement progressif du droit romain. Dans ce système de coutumes qu'est la féodalité, on ne jouit que d'un usage, non du bien lui-même ; en revanche, "le droit romain dit : « Dominium est jus utendi et abutendi, quatenùs juris ratio patitur : la propriété est le droit d’user et d’abuser, autant que le comporte la raison du droit." (Pierre-Joseph Proudhon, Théorie de la propriété). Il serait d'ailleurs intéressant de faire le parallèle entre l'influence de ce droit romain en occident, et le re-développement de l'esclavage pendant l'époque moderne, ou l'évolution des droits de la femme. Rappelons que l'esclavage avait pratiquement disparu avec l'Empire romain.

     Bref, tous ces contes de bonnes femmes prennent naissance avec l'époque moderne, où il s'agit de régler son compte à l'ancien régime et au cléricalisme. Les mêmes motivations animent les historiens propagandistes de la III°, puis la relève vient des historiens marxistes adeptes d'une interprétation dialectique et matérialiste de l'histoire. Ainsi Jacques Le Goff annonce clairement la couleur dans "La civilisation de l'Occident médiéval" : "J'estime que le fonctionnement de la société s'éclaire principalement par les antagonisme sociaux, par la lutte des classes, même si le concept de classe  ne s'adapte pas bien aux structures sociales du Moyen-Âge." Ça c'est de l'histoire !

    Note : la lecture du petit livre de Régine Pernoud, "Pour en finir avec le Moyen-Âge, est une lecture obligatoire.