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Aius Locutius

  • La nef des fous


    Jheronimus_Bosch_011FXD.jpg[Aristote et Platon] s’ils ont écrit de politique, c’était comme pour régler un hôpital de fous. Et s’ils ont fait semblant d’en parler comme d’une grande chose, c’est qu’ils savaient que les fous à qui ils parlaient pensent être rois et empereurs.

     

    Pascal, Pensées, Frag. 472

    D'où vient qu'un animal aussi rustique qu'une chèvre, ou quelconque caprin des montagnes, pose un sabot assuré sur le plus raide des flancs de montagne sans se tromper jamais, tandis que l'animal réputé raisonnable est toujours capable de commettre l'action la plus stupide et insensée et de son règne ? 

  • Les élites

    Fol._236.jpg Bruno Lemaire, ministre de l'économie :

    "Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie." 
    "Les sanctions économiques et financières sont même d'une efficacité redoutable."
    "Nous allons donc provoquer l'effondrement de l'économie russe."
    France Info, 01/03/2022

     

    Bruno Le Maire tire la sonnette d'alarme : « Le plus dur est devant nous » sur le plan économique.
    Pour le ministre français de l'Économie, la guerre en Ukraine, la flambée des prix des matières premières et l'inflation galopante font que le pays* se trouve « face à des difficultés économiques considérables ». 
    - Une inflation record depuis les années 80
    - La croissance européenne au ralenti
    La Tribune, 05/05/2002

     

    Doit-on rire ou pleurer ? Faut-il plutôt remettre la guillotine place de Grève ? Reconstruire le gibet de Montfaucon ?

    Note :

    * Le notre de pays. La doulce France.

  • Danztig et autres localités

    Je reproduis ici le célèbre article du socialiste pacifiste et antiraciste Marcel Déat, plus tard insigne collabo. Que voulez-vous, l'époque repasse les plats. Avant de poursuivre, je prie de lecteur de se souvenir que Dantzig avait alors statut de ville libre, c'est-à-dire ni polonaise, ni allemande.

    MOURIR pour Dantzig?
    par Marcel DÉAT
    L'Oeuvre, 4 mai 1939

    Les remous de l'opinion européenne sont entièrement désordonnés, à moins qu'ils ne soient trop dirigés, ce qui revient au même. En tout cas, les changements de décors diplomatiques se font à une telle vitesse quele fantassin moyen n'y comprend goutte, sinon qu'après lui avoir fait espérer la détente, on le promet de nouveau aux gloires mouillées des champs de betteraves.

    Cette fois la perspective est dantzicoise : il paraît que tout à coup le problème de ce damné territoire est devenu actuel, aigu, lancinant, intolérable. Notez qu'il se pose depuis vingt ans, et qu'il n'y a aucune raison pour ne pas attendre encore un peu. J'ai entendu il y a une quinzaine d'années un spécialiste des choses d'Allemagne expliquer que la question du corridor était métaphysique, et qu'en conséquence tout exploserait bientôt.

    Or les courants d'air du couloir n'ont nullement soufflé en tempête. Il est vrai que ce calme s'est instauré par ordre du Führer, lequel sait fort bien, à l'heure choisie, déchaîner ses orages diplomatico-militaires, avec accompagnement de tonnerres oratoires. Et s'il prend aujourd'hui fantaisie au maître de toutes les Allemagnes de mettre la main sur Dantzig, qui l'en empêchera ?

    De là à conclure à la mauvaise volonté unilatérale du Reich et, à la nécessité évidente de se battre pour la ville dite libre, il n'y a qu'un pas, allégrement franchi par beaucoup de braves gens, et d'abord par nos amis Polonais. Mais ici je demande la permission de faire quelques réflexions et de poser quelques questions.

    Il y a peu de semaines, avant que l'Angleterre n'ait mis en train sa tentative de grande coalition, et énoncé solennellement sa promesse de garantie, les Polonais avaient tout l'air de considérer l'affaire de Dantzig comme réglée. On nous expliquait d'ailleurs très bien la chose : le port de Gdynia, construit de toutes pièces, et avec une belle audace, en face de Dantzig, drainait tout le trafic polonais, et de ce fait le port de Dantzig n'intéressait plus nos amis. D'ailleurs les nazis étaient depuis- longtemps les maîtres de la ville, où le malheureux représentant de la S.D.N. ne jouait plus qu'un rôle fantomatique.

    Dans ces conditions, le rattachement au Reich n'était guère qu'une formalité, assurément désagréable, mais nullement catastrophique. Et surtout il ne pouvait être question d'en faire un casus belli. Aussi bien la promesse de garantie anglaise semblait-elle rédigée pour que le sort de Dantzig fût mis hors série : du moment que les Polonais devaient eux-mêmes juger des atteintes portées à leurs conditions de vie et à leur souveraineté, et qu'ils n'attachaient pas davantage d'importance à Dantzig, il paraissait acquis que rien de grave ne se produirait de ce chef.

    Mais voilà : depuis quinze jours, la Pologne a durci. Un frémissement patriotique a parcouru ce peuple émotif et sympathique au possible. Les voilà maintenant tout prêts à considérer Dantzig comme un « espace vital ». Et non seulement ils refusent toute conversation, toute discussion, avec l'Allemagne à propos du « couloir dans le couloir » et du régime de la
    ville et de son territoire, mais à leur tour ils réclament un protectorat.

    Que signifie cette vague d'opinion — Est-elle vraiment si profonde ? Mystère. En tout cas, si on engage la conversation sur ce ton, on ne tardera pas à se hausser jusqu'à l'ultimatum, et les incidents de frontière vont se multiplier. Il ne s'agit pas du tout de fléchir devant les fantaisies conquerantes de M. Hitler, mais je le dis tout net : flanquer la guerre en Europe à cause de Dantzig, c'est y aller un peu fort, et les paysans français n'ont aucune envie de « mourir pour les Poldèves ».

    J'entends que nos amis Polonais sont remplis d'optimisme. A les en croire, la résistance allemande est à bout dans le domaine économique et psychologique. Le Führer ne sait plus à quel diable se vouer. La puissance militaire germanique est surfaite, les divisions blindées et motorisées ne sont pas tellement redoutables. Bref, pour un peu les Polonais se chargeraient à eux seuls de l'Allemagne, nous laissant le soin de régler éventuellement son compte à l'Italie, si elle se permettait de bouger. Je n'exagère pas, je répète des propos authentiques. Et je dis que cela n'est pas du tout sérieux. Les cavaliers polonais sont pleins d'allant et ils conduisent leurs montures avec une habileté déconcertante. Mais les lances de ces brillants soldats arrêteront-elles les tanks, même si le lubrifiant fait défaut dans les rouages ? Et où sont Les matériels lourds de l'armée polonaise ? Et depuis quand les poitrines remplacent-elles les canons ? Et les usines de guerre polonaises ne sont-elles pas en Haute-Silésie, c'est-à-dire à la frontière, en une région où les nationalités s'entrecroisent, donc où les concours ne sauraient faire défaut à l'armée du Reich ?

    Et où en sont les relations avec la Russie ? Depuis quand les Polonais sont-ils résignés à ouvrir passage aux régiments rouges ? Depuis quand Staline est-il résolu à exporter ses soldats ? Et même, s'il ne s'agit que de matériel, où en est-on, et que prévoit-on, et dans quel délai ? Allons, allons, revenons à une plus saine vision des choses. Il est toujours beau, de voir un peuple se dresser et affirmer sa volonté de grandeur. Mais il ne faut pas qu'une certaine jactance prétende suppléer aux organisations nécessaires.

    Surtout, il n'est pas possible d'admettre, sous le méridien de Paris, que la question de Dantzig soit posée et réglée à l'Est de l'Europe uniquement par la volonté de quelques hommes d'Etat polonais et allemands, avec la certitude que les automatismes diplomatiques et guerriers joueront, et que nous serons entraînés dans la catastrophe sans avoir pu dire notre sentiment.
    Amitié tant qu'on voudra, alliance tant qu'on voudra, mais les Français n'admettront pas que leur vie et celle de leurs enfants dépendent soudain d'un geste ou d'un mot, dans l'effervescence plus ou moins spontanée de quelque manifestation populaire, à Varsovie ou ailleurs. C'est Paris et c'est Londres qui doivent avoir la parole d'abord.

    Ces choses sont peut-être sévères, mais elles devaient être dites. Combattre aux côtés de nos amis Polonais, pour la défense commune de nos territoires, de nos biens, de nos libertés, c'est une perspective qu'on peut courageusement envisager si elle doit contribuer au maintien de la paix. Mais mourir pour Dantzig, non !

    Marcel Déat.

  • Généalogie du wokisme

    Je republie une vieille note, pour mémoire :

    Extrait du livre "Limonov", d'Emmanuel Carrère :

    "Le privilège que saint Thomas d'Aquin déniait à Dieu, faire que n'ait pas eu lieu ce qui a eu lieu, le pouvoir soviétique se l'est arrogé. C'est à un compagnon de Lénine, Piatakov, qu'on doit cette phrase extraordinaire :
    "Un vrai blochevick, si le Parti l'exige, est prêt à croire que le noir est blanc et le blanc noir."
    Le totalitarisme (...) consiste, là où les gens voient noir, à leur dire que c'est blanc et à les obliger, non seulement à le répéter mais, à la longue, à le croire bel et bien. (...) C'est cet aspect là qui fascine tous les écrivains capables (...) d'absorber des bibliothèques entière sur ce qui est arrivé à l'humanité en Russie au siècle dernier, et que résume Martin Malia :
    "Le socialisme intégral n'est pas une attaque contre des abus spécifiques  du capitalisme mais contre la réalité. C'est une tentative pour abroger le monde réel, tentative condamnée à long terme mais qui sur sur une certaine période réussit à créer un monde surréel défini par ce paradoxe : l'inefficacité, la pénurie et la violence y sont présentées comme le souverain bien."
    L'abrogation du réel passe par la mémoire. (...) Soljenitsyne l'avait annoncé :dès qu'on commencera à dire la vérité, tout s'effondrera." 

    On pourrait élargir cette réflexion comme suit : pour produire ce surréel, il faut engager un combat sans merci contre le logos. D'où cette guerre contre les mots qui consite à éreinter le signifiant pour le couper du signifié. Voilà la manifestation la plus visible du totalitarisme : pour masquer la réalité et produire son surréel, le mot est l'arme. Ouvrage de faussaire.

    Inutile de chercher plus loin où sont les racines des thérories du gender ou du queer. Dès que l'on commencera à dire la vérité, elles s'effondreront. D'où la virulence des attaques et les intimidations contre ceux qui osent ouvrir la bouche.

  • Le rapport

    desinfo-20161230.jpgRapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961
    Date de remise : 8 janvier 1998

    Archives de la direction de la police judiciaire (PJ) : Pour l’ensemble de l’année 1961, 474 dossiers d’enquête pour homicide ou tentative d’homicide ont été dénombrés par la mission :

     

     

     

    • 275 se rapportent à des victimes nord-africaines - des Français musulmans d’Algérie (FMA) dans leur grande majorité 
    • 79 se rapportent à des victimes appartenant aux forces de l’ordre - policiers, gendarmes et aussi membres des forces de police auxiliaires (FPA), elles-mêmes composées de FMA .
    • 120 se rapportent à d’autres victimes, qui ne sont ni nord-africaines, ni membres des forces de l’ordre.

    Le nombre de manifestants du 17 octobre est estimé entre 20 000 et 25 000. Dans son Rapport d’enquête sur les événements du 17 octobre mettant en cause la préfecture de police, adressé le 4 décembre suivant au ministre de l’intérieur, l’inspecteur général de l’administration Roger WUILLAUME retient pour sa part le chiffre de 22 000 manifestants.

    Au total, le bilan est de 14 094 interpellations, chiffre communiqué, le 27 octobre, par le préfet de police devant le conseil municipal, puis, le 31 octobre, par le ministre de l’intérieur au Sénat.

    Lors de la séance de questions orales avec débat du 31 octobre 1961, le ministre de l’intérieur faisait part aux sénateurs d’un bilan de six morts et cent trente-six blessés hospitalisés pour les manifestations des 17-20 octobre. Un document contenu dans les archives du cabinet du préfet de police fait, à la même époque, état de sept morts et cent trente-six blessés. (cf p. 12)

    Pour la période comprise entre le 17 octobre et le 31 décembre 1961, 88 corps de Nord-africains (des FMA pour la plupart), sont entrés à l’IML.
    Le cas de 25 de ces cadavres appelle une analyse plus poussée. Pour ces cadavres, en effet, la date présumée de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout lien avec les manifestations. Sous les réserves exprimées ci-dessus, le registre d’entrée de l’institut médicolégalconstitue ainsi la source administrative la plus complète, donc la plus fiable, sur les décès survenus au cours de la période considérée.

    Le bilan réel des blessés est sans doute très largement supérieur au chiffre de 136 donné, le 31 octobre 1961, par le ministre de l’intérieur. Déjà, le 4 décembre 1961, l’inspecteur général WUILLAUME avançait le nombre de 337 blessés, dont "105 ont été pansés immédiatement et 232 hospitalisés". Mais son bilan n’est pas exhaustif, l’enquête n’ayant pu porter, semble-t-il, sur tous les hôpitaux susceptibles d’avoir reçu des blessés de la manifestation.

    "La réaction énergique, face aux manifestations de masse du 17 octobre, s’explique parfaitement, à l’encontre d’un adversaire sorti de sa clandestinité et qui, depuis des années, se concrétisait enfin, après les lâches attentats du mois de septembre."

    Homicides perpétrés contre des membres des forces de l’ordre : sur les 47 policiers parisiens victimes d’attentats meurtriers de 1957 à 1961, 22 sont tombés au cours de cette dernière année. 14 de ces victimes trouvent la mort entre août et le début d’octobre.

    Homicides perpétrés contre des FMA*, et qui n’épargnent d’ailleurs pas Marocains et Tunisiens. Sur l’ensemble des Nord africains dont le corps a été transporté à l’institut médico-légal en 1961, 232 ont été tués, d’après le registre d’entrée de ce service, par arme blanche, arme à feu, strangulation ou coups divers38 ; 57 corps sont mentionnés sous la rubrique "submersion" c’est-à-dire, selon la terminologie de l’IML [Institut Médico-Légal], que la mort a pour cause principale la noyade. Au total, le nombre d’homicides présumés ou en tout cas de morts violentes s’élèverait donc à 289. Dans la plupart des cas, l’enquête de la police judiciaire conclut à des règlements de compte internes ou à des "sanctions" infligées par les mouvements indépendantistes algériens.

    A partir du début de septembre, les homicides contre des FMA augmentent considérablement : toujours selon le registre de l’IML d’une vingtaine par mois jusqu’à la fin août, ils s’élèvent à une cinquantaine en septembre, culminent en octobre (près de 90), pour décroître en novembre et en décembre. C’est entre le 29 septembre et le 6 octobre 1961 que le nombre d’entrées dans ce service de corps pour lesquels un homicide peut être présumé est le plus important (40 dont 10 pour la seule journée du 3 octobre). Environ 40 % des entrées de corps de Nord-africains à l’institut médico-légal, en 1961, ont eu lieu en septembre et octobre.

    Un changement de mode opératoire dans les homicides de FMA [Français musulmans d'Algérie] est observable, à partir du début septembre 1961. Il se manifeste par une très forte augmentation du nombre de cadavres de FMA découverts dans la Seine, dans la Marne ou dans les canaux (une cinquantaine pour la période septembre-octobre), corps souvent dépourvus de tous papiers et qui ne peuvent être identifiés. A l’inverse, les décès par arme à feu sont beaucoup moins fréquents.

    En matière d’homicide, un renversement de tendance est observable à partir de la deuxième semaine d’octobre : cessation des meurtres de policiers d’une part, fléchissement des meurtres de FMA de l’autre. Cette situation coïncide avec la mise en oeuvre des restrictions de circulation nocturne imposée par le préfet de police à la population musulmane à partir du 6 octobre 1961.

    La contrainte pesant sur les manifestants ne manque pas d’être soulignée. Une note des RG du 17 octobre indique que les FMA qui n’obéiraient pas aux consignes d’aller manifester ont été menacés de mort. Une note du cabinet du préfet, datée du lendemain, met l’accent sur l’encadrement des manifestants par le FLN, précisant : "la présence de groupes de choc [du FLN] est certaine. A tous moments, ils se sont tenus sur les lisières de la manifestation de façon à pouvoir s’échapper s’ils étaient menacés d’arrestation. La majorité d’entre-eux était évidemment armée". "Il est certain que la foule musulmane ne tenait absolument pas à se joindre au cortège".

    Conclusion

    Il en ressort que les événements du 17 octobre 1961 s’insèrent dans un contexte qui déborde cette journée. Elle marque le paroxysme d’une période de violence qui avait commencé au début de septembre et s’est achevée peu après la manifestation, même si les conséquences ne s’en sont révélées que dans les semaines suivantes.
    D’autre part, il est clair que cette manifestation a donné lieu à une répression très dure : les chiffres et les relations de certains responsables de terrain le démontrent amplement.
    Parmi ces chiffres, celui des morts serait le plus significatif s’il pouvait être donné avec assurance. Tel n’est pas le cas. Mais à supposer même que l’on ajoute au bilan officiel de sept morts la totalité des vingt-cinq cas figurant à l’annexe III, et que l’on considère que les facteurs d’incertitude, et notamment ceux qui tiennent aux limites géographiques de l’étude, justifient une certaine majoration, on reste au niveau des dizaines, ce qui est considérable, mais très inférieur aux quelques centaines de victimes dont il a parfois été question.

     

    Note : * Les homicides opérés par le FLN sur le territoire métropolitain contre les FMA sont évalués entre 4000 et 6000 - notamment dans le cadre de la rivalité FLN <-> MNA. C'est dans cette ambiance que fut monté le pseudo attentat dit "de l'Observatoire" contre François Mitterrand le 15 octobre 1959...
    ex : https://www.lemonde.fr/archives/article/1957/11/11/attentats-et-arrestations-dans-la-metropole_2320979_1819218.html