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Société - Page 3

  • De l'antisémtisme

    L'antisémitisme par Philippe Muray :

    "Très peu d'écrivain sont, en fait, innocents d'antisémitisme. Ni Gide (dans son journal), ni des "humanistes" fort respectables comme Duhamel ou le délicat Giraudoux n'en sont exempts. Mais leur antisémitisme paraissait alors parfaitement admissible et de bonne compagnie, tandis que celui hurlé, vociférant, vulgaire, scatologique de Céline est apparu évidemment comme trop voyant; (...) La communauté s'est déchargé sur lui de son péché chuchoté. J'ai aussi l'impression que l'antisémitisme a trouvé en lui son point maximum d'exténuation après une histoire pluriséculaire.

    Au XIX°siècle, l'exemple le plus frappant c'est Marx lui-même, qui inaugure en quelque sorte, après l'antisémitisme chrétien [?], l'ère de l'antisémitisme "scientifique", économiste, rationnel (préparé dès l'époque des Lumières par certains penseurs comme Voltaire, dont je conseille de lire l'édifiant article "juifs" du Dictionnaire philosophique). Le texte de Marx, qui gêne depuis un siècle tous les marxistes, c'est l'Essai sur la question juive. Si on regarde les choses de près, on s'aperçoit qu'en somme le réflexion marxiste prend son élan à partir de convictions antisémites . 
    (...)
    Dans l'Ecole des cadavres, Céline mentionne élogieusement Marx, penseur rangé pour l'occasion dans le grand Panthéon antisémite... Et pis voyez la correspondance de Marx et d'Engels. Engels antisémite "àla prussienne"... Ou encore les réflexion de Bakounine, qui vomit Marx parce qu'il est juif? Ou de Proudhon, qui parle de ce "sale Juif" de Marx..."

    Philippe Muray, Essais, "Pourquoi il y a-t-il du Céline plutôt que rien", Les Belles Lettres p835

  • Tête à claques

    bouffon.jpg "Certes la tentation est puissante de souhaiter à la société ici décrite une chute digne des atrocités dont elle se montre féconde, inlassablement et sur tous les terrains.; mais que cette perspective semble futile, par rapport au désir de la voir continuer à entasser cauchemar sur cauchemar, turpitude sur turpitude, fléau sur fléau, échec sur échec, saccage sur saccage, niaiserie sur niaiserie, pertes, fracas, naufrages et tribulations ; et, sans relâche aussi, inventer les procédés rhétoriques destinés à chanter l'ensemble de ces désastres ; tout en offrant aux romanciers comme aux penseurs, à supposer qu'il en reste dans de telles conditions, du pain sur la planche, et même de la brioche, pour les non-siècles à venir."

    Philippe Muray, "Happy End", Fevrier 2000

     

    Oui la tentation est puissante entre le désir de faire cesser cette époque de carnaval des pitres, et la jubilation de la voir s'enfoncer dans sa propre souille. D'un côté la fatigue et la lassitude de l'intelligence sans cesse insultée, de l'autre le rire sans retenue ni vergogne d'une "shadenfreude" bien frappée. Epoque résolument nulle, verbeuse, abyssalement prétentieuse, ne reculant devant aucun ridicule, ne lésinant sur aucune médiocrité, érigeant la bêtise en art de vivre là ou il vous aurait sûrement tué il n'y a pas un siècle.

  • Pays riches

    Article Huffington : 

    D'après les résultats d'une étude menée par Genworth, spécialiste des assurances de personnes, 11,4 millions de Français disposent de moins de 10 euros par mois une fois qu’ils ont payé leurs dépenses courantes (impôts, loyer, gaz/électricité, téléphone et nourriture). Cela représente environ un quart des ménages français, soit 5,8 millions.

     

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    Le COP21 va s'occuper d'eux. L'urgence, c'est la fonte des neiges.

  • Des races et de la gauche morale

    Où l'on s'instruira à relire le discours d'un certain Jules, parangon de la gauche contemporaine, déclamé à l'Assemblée nationale en 1885 :

    Jules Ferry (1885) : Les fondements de la politique coloniale (28 juillet 1885)

    Extrait : "Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... (Marques d'approbation sur les mêmes bancs à gauche - Nouvelles interruptions à l'extrême gauche et à droite.)"

     Un certain Léon Blum, autre parangon de gauche, récidiva dans la même veine dans la même assemblée quarante ans plus tard.
    (Débat sur le budget des Colonies à la Chambre des députés, dans Débats parlementaires, Assemblée, Session Ordinaire (30 juin-12 juillet 1925), paru J.O. p. 848)

    Autre temps autre moeurs.

  • Des cymbales

    bruguel-300x225.jpg "J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante", nous écrit saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, chapitre 13. Eh bien croyez-le, la charité contemporaine s'annonce, à notre époque, dans un tintamarre de cuivres et de cymbales. A en assourdir les tympans des saints que s'en devient presque obscène - à qui aura la charité la plus grosse.

    Ainsi a-t-il fallu d'une photo pour que le miracle se produise et que notre occident gavé redécouvre la vertu de charité. Entendons une charité contemporaine : celle qui préfère le lointain au prochain* ; qui prodigue la générosité des autres à tour de bras (soudain l'argent, soudain les logements, soudain du travail ; tout ce dont on prive un Lazare purulent qui crève en bas de chez nous, comme par magie se déverse à flot) ; qui semonce, objurgue, menace, traque le sceptique comme un rat pestiféré. Une simple photo qu'il a fallu, pour que se déchaîne l'hystérie  de la charité médiatique. Il n'y a plus qu'ainsi que se remonte le ressort social : faire pleurer le bourgeois dans sa chaumière - et qu'il en pisse ses longs sanglots.

    Une photo pour mettre en branle un nouveau train de lemmings** comme on les aime tant ces dernières décennies. Et alors on convoque , on grandiloque, on emphase, on rhétore pompeusement avec force moulinets pour enrôler du jobards; et les va-tout-nus de la morale ainsi parés du drap de la vertu - de celle des Tartufe, de celle qui blanchit les sépulcres - de toiser l'incrédule de son œil de rapace vertueux hypermétrope : ah le sans-coeur ! ho le mauvais chrétien ! Peste l'avaricieux ! Sus aux trouble-fêtes, à ceux qui nous empêchent de jouir de notre charité à nous envers notre lointain ! Car, comprenez bien bourgeois, ils l'attendaient le cul-terreux lointain, et de pied ferme ; leur charité, orpheline de causes lointaines, se morfondait, et Lazare les accusait. Un peu plus et ils auraient fini par baisser leur regard sur lui.

    Car pendant ce temps on fait crever le Grec à petit feu - verstehen sie messieurs les grecs, les milliards on en a besoin, für unsere Flüchtlinge. Et ces belles âmes de réclamer son migrant comme le bobo exige son nac : "donnez m'en mille à la douzaine" ; "pour ça monsieur non, je les avais vu le premier, ils sont à moi" ; "permettez, permettez, j'avais réservé". En vérité, voilà bien une charité qui montre son cul malpropre ?

    Et tous ces arlequins, ces médicastres, veulent naturellement embringuer dans leur train à lemmings lancé à toute vitesse le maximum de rongeurs décérébrés, pour les bonnes raisons suivantes :
    1) la fête est plus folle
    2) quand viendra le temps pour le train de s'emplafonner en rase compagne, on préférera avoir l'air con perdu dans la masse.

     

    Laissons un instant l'hystérie.  Réfléchissons une minute calmement sur le sens des mots, avec Hannah Arendt par exemple.

    "La bonté au sens absolu, dans laquelle il ne s'agit ni d'être "bon pour" ni "excellent" comme dans l'antiquité grecque et romaine, n'est connue dans notre civilisation que depuis l'avènement du christianisme.(...)

    Jésus enseigna, par la parole et par l'action, une activité : la bonté ; et la bonté a évidemment tendance à se cacher : elle ne veut ni être vue ni entendue.(...) Car il est clair que dès qu'une bonne oeuvre se fait connaître, devient publique, elle cesse d'appartenir spécifiquement au bien, d'être accomplie uniquement pour le bien. La bonté qui paraît au grand jour n'est plus de la bonté, même si elle reste utile en tant que charité organisée ou comme acte de solidarité***. La bonté n'existe que si nul ne l'aperçoit, pas même son auteur ; quiconque s'observe en train d'accomplir une bonne action cesse d'être bon, il est tout au plus un membre utile de la société ou un paroissien exemplaire. (...) la même conviction s'exprime dans la légende talmudique des trente-six justes en faveur desquels Dieu sauve le monde, et qui sont inconnus de tout le monde, d'eux-mêmes en premier lieu.
    (...)
    Mais la ressemblance entre les activités qui naissent de l'amour du bien et celles qu'inspirent l'amour de la sagesse ne va pas plus loin. Les unes comme les autres, il est vrai, s'opposent au domaine public, mais le cas de la bonté est, à cet égard, extrême. Seule la bonté doit absolument, sous peine de mort [note : à elle-même donc], se dissimuler, fuir l'apparence.
    (...)
    Ce refus du monde, inhérent aux bonnes œuvres, qui fait de l'homme épris du bien une figure essentiellement religieuse et de la bonté, comme de la sagesse dans l'antiquité, une qualité essentiellement non-humaine, surhumaine.
    (...)
    Comme toute activité [la bonté] ne quitte pas le monde, c'est en lui qu'il faut s'accomplir. Mais cette manifestation, bien qu'elle s'opère dans l'espace où se font toutes les activités, bien qu'elle en dépende, est de nature activement négative : fuyant le monde et ses habitants, elle nie l'espace que le monde [monde = artefacts ici] offre aux hommes et, plus que tout, cette part publique du monde où chaque chose et chaque homme s'exposent à la vue d'autrui.

    Ainsi le bien, en tant que mode de vie cohérent, n'est pas seulement impossible dans les bornes du domaine public, il est l'ennemi mortel de ce domaine. Nul peut-être n'a plus vivement senti ce danger de faire le bien que Machiavel qui, dans une page célèbre, osa enseigner"à ne pas être bon"****.
    (...)
    Le mal qui sort de son repaire vient effrontément détruire le monde commun ; le bien qui sort de sa réclusion pour jouer un rôle public cesse d'être bon ; il se corrompt intérieurement et partout où il va porte sa corruption."
    Hannah Arendt, "Condition de l'homme moderne", edition Agora, p115 et suivantes.

     

    Il n'est pourtant pas compliqué de comprendre que, vu le nombre des réfugiés et migrants, la question n'est pas seulement de pitié ou de compassion qu'on peut ressentir individuellement comme nous l'ont appris ces bons moralistes du XVIII°, mais surtout une question politique et sociale. Et dès lors que la question est politique et sociale, intervient nécessaire dans l'équation le paramètre du bien commun. C'est à partir de ce constat simple que l'action doit être menée ; non pas dans le fatras et le chaos médiatique du moment , et surtout pas dans une surenchère à la pseudo-charité, puisqu'il s'agit ici de tout sauf de l'authentique charité. Epoque si douée à tout contrefaire et transformer l'or en ordure.

     

    Notes :

     

    * Le prochain a un défaut rédhibitoire, c'est qu'on peut le sentir - sentir son infâme odeur de charogne mêlée à la pisse et à l'excrément. Dès lors le lointain est bien plus préférable, et la charité frustrée par ce prochain décidément trop puant, mise en pression comme en cocotte, s'éclate en soulagement sur le lointain médiatiquement déclarée grande cause.

    ** Il s'agit évidemment d'un énième train fou d'une vertu chrétienne devenue folle

    *** On comprendra qu'on ne discute pas ici la question de savoir s'il faut ou non accueillir les réfugiés. On parle - oiseusement diront les excités de l'action (plutôt crever que de ne rien faire hic et nunc) - du comment et de la forme que doit prendre cette solidarité. Où l'on aura j'espère compris qu'elle n'a rien d'évangélique.

    **** Pascal aurait dit "L'homme n'est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête."

     

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